En
mémoire de Bernard Perron
décédé le 28
décembre 2008 à Dijon
Bernard Perron est né le 26 janvier 1944 à Paray le
Monial, en Saône et Loire. Il a fait sa carrière à
l’Université de Dijon, devenue Université de Bourgogne,
étant successivement assistant, maître assistant puis
professeur, gravissant tous les échelons jusqu’à la
classe exceptionnelle.
Bernard Perron a été un enseignant apprécié
des étudiants de licence (ex-DEUG) aussi bien que des plus
anciens tels que les doctorants. Il imposait le respect
sans s’énerver, était toujours disponible et avait une
écoute remarquable et des conseils avisés. Ses
qualités humaines, pédagogiques et scientifiques ont
particulièrement profité aux étudiants qu’il a
encadrés en thèse. Ceux-ci lui doivent en partie leur
carrière.
Par ailleurs, Bernard Perron a été un moteur important du
développement des mathématiques à Dijon, faisant
de cet endroit un pôle international en topologie
différentielle, singularités et topologie de basse
dimension. Il est un des fondateurs du Laboratoire de Topologie qui,
après avoir fusionné avec les deux autres laboratoires de
mathématiques de l’université, est devenu l’Institut de
Mathématiques de Bourgogne. C’était un pionner des
mathématiques
bourguignonnes à une époque où les moyens de
communications étaient moins importants et où le
succès était plus difficile en « province ».
Il avait acquis des connaissances profondes faisant de lui un
consultant hors pair pour les mathématiciens du monde entier.
Nous étions nombreux, surtout les jeunes, à voir en lui
le détenteur de connaissances anciennes qui, sans des chercheurs
tels que lui, se perdraient ou seraient à réinventer. Il
était d’une ténacité exceptionnelle, prêt
à consacrer des années pour résoudre un
problème. La recherche était une de ses passions et son
dévouement un exemple pour nous.
Ses premiers travaux de recherche concernaient des problèmes de
topologie différentielle en grande dimension, la question
centrale étant de déterminer si la pseudo-isotopie
implique l'isotopie pour des plongements en codimension 2. Son
intérêt s’est ensuite porté sur l’étude de
singularités de fonctions holomorphes en participant au
développement de la théorie des singularités d’un
point de vue de la topologie des variétés. Depuis 1994 il
s’est
intéressé à la topologie en basse dimension et, en
particulier, à l’étude des homéomorphismes de
variétés de dimension 3, à l’ordonabilité
des groupes fondamentaux de ces variétés, aux groupes de
difféotipes des surfaces (mapping
class groups), et aux invariants de Casson. Ces derniers mois il
profitait des répits que lui laissait la maladie pour
étudier les invariants de Casson modulo p. Il travaillait sur ce
problème depuis l’été 2007.
Bernard Perron était un passionné, un passionné de
mathématiques mais aussi de bateau, de musique, de peinture, de
Grèce et de bien
d’autres choses. Il comptait de très nombreux amis et son
départ laisse un vide. Il
reste pour nous de précieux souvenirs, des conversations
animées autour d’un
tableau ou d’un café, des idées justes ou fausses, des
« hum ! », des rires et des colères.